Le mal des transports

Je tiens le choc. J’avais sincèrement des doutes sur ma capacité à écrire ce mois-ci, mais je tiens le choc. Mon objectif est suffisamment bas pour que je me pousse, et quand je suis sur ma lancée, j’écris plus que ce dont j’ai besoin pour mon quota. Pourvu que ça dure.

Et le thème du jour était :

Le mal des transports

Il fallait que ça se termine. Il n’en pouvait plus de sentir sa tête prise dans un étau, son estomac vide danser la gigue comme s’il cherchait à entrer en contact avec l’extérieur, ou encore le rideau de sueur qui coulait avec profusion devant ses yeux. Il n’avait pas signé pour ça ! 

Un roulis un peu plus violent que les autres le secoua et il ouvrit la bouche pour protester, mais sa gorge brûlante ne l’autorisa qu’à pousser un faible gémissement rauque, presque inaudible. 

Une bouteille d’eau fraîche fut portée à ses lèvres et il s’abreuva, déglutissant à grand peine, manquant de s’étrangler dans sa hâte. 

«Hé, doucement !»

Le murmure de protestation venait de sa gauche, et l’outre de vie s’éloigna de son visage. Il couina, mécontent. Le frais revint alors, cette fois-ci incarné par un linge humide dont on caressait ses joues et son front, lui arrachant un soupir d’aise. A cet instant, il était bien plus aisé pour lui de communiquer à grands coups de grognements, de gazouillis et d’autres onomatopées. Malgré tout, des mots se précipitaient sur sa langue, qu’il ne parvint pas à retenir. 

«Roule moins vite», marmonna-t-il, sourcils froncés. 

Voilà, le message d’une importance capitale était passé, il pouvait retourner à sa souffrance.

Il se promit de ne jamais remonter à bord d’un avion. Ce n’était décidément pas fait pour lui, et la climatisation était trop forte. A peine débarrassé de sa sueur poisseuse, voilà qu’il grelottait. Il faudrait qu’il songe à en parler à l’hôtesse de l’air à son prochain passage. 

Les mains douces revinrent, accompagnées d’une couverture moelleuse à souhait qui l’enveloppa comme un nuage. Il poussa un petit rire : qui était le génie qui avait réussi à faire rentrer un cumulus dans le cockpit ? Ne risquait-on pas de faire pleuvoir à l’intérieur ? 

Des doigts lui caressèrent les cheveux. Il y avait toujours une personne trop tactile dans le métro, voilà qui était frustrant. Et il y faisait tellement chaud. Il essaya de s’écarter en protestant, mais le chuchotis apaisant s’éleva à nouveau. 

«Chhh… chhh…»

Tchou tchou ! Il aurait dû se douter que prendre le train était une mauvaise idée. La vitesse, le ballottement, les changements brusques l’avaient toujours rendu malade, et il se pencha en avant, ses tripes se soulevant, une douleur aigue envahissant l’ensemble de son corps agité de hauts-le-coeur. 

Finalement, le train pénétra dans un tunnel, et il se laissa entraîner dans les ténèbres avec reconnaissance et une dernière pensée pour ces vacances catastrophiques. 

Un rayon de soleil qui pénétrait par le rideau entrouvert vint lui chatouiller le visage et il ouvrit péniblement les yeux en grimaçant. Ses paupières semblaient avoir été partiellement gluées dans la nuit et il essaya de lever un bras pour passer une main sur son front. Le moindre mouvement était douloureux, et il laissa retomber le membre lourdement sur le matelas en gémissant. Un mal de tête de tous les diables lui martelait les tempes, mais il avait les idées claires sous la pulsation. 

Un bruit de tissu froissé lui parvint de sa gauche et il tourna péniblement la tête. La vision à son flanc lui arracha un sourire. Assise en tailleur sur le lit, encore toute habillée, un gant mouillé dans la main, la femme de sa vie somnolait, ses pieds nus s’agitant pour chercher la chaleur dans un pli de la couverture. Il tendit doucement la main, ignorant ses muscles qui protestaient, pour caresser la cuisse de la jeune femme, qui se réveilla dans un sursaut avant de se détendre en le voyant. 

Elle glissa ses doigts dans le creux de sa main, s’étira lentement, et vint déposer sa paume libre sur son front avec un regard soucieux. 

«Est-ce que tu te sens mieux ce matin ? »

Il fronça les sourcils un instant, s’efforçant de se remémorer quelque chose qui s’évertuait à lui échapper. 

«Cela fait trois jours que tu es cloué au lit avec la fièvre. Depuis le début de tes vacances, à vrai dire. Tu as pas mal déliré, j’ai même cru que j’allais devoir appeler les secours et te faire envoyer à l’hôpital.»

Elle s’allongea à côté de lui, tremblante, et il passa un bras autour d’elle, retenant une grimace, pour la serrer contre lui. 

«Ça va mieux, oui. Un gros mal de tête, mais rien d’insurmontable avec un peu de paracétamol, un grand verre d’eau… et peut-être un bon petit-déjeuner», ajouta-t-il lorsque son estomac se mit à gronder. 

Elle rit, presque timidement, le regard encore voilé d’inquiétude. 

«J’ai appelé l’hôtel pour annuler notre réservation», chuchota-t-elle avant d’enfouir son visage dans le creux de son cou, humant l’odeur familière de sa peau. 

«Ne fais pas ça, je dois sentir la sueur et la maladie», se récria-t-il. 

«Tu sens toi», contra-t-elle d’un ton sans appel avant de se retourner et de se lever. 

«Si tu te sens de te lever, va prendre une douche et rejoins-moi sur le canapé. Je vais faire la cuisine. »

Il sourit, hochant la tête et la regardant sortir. Il s’empara de la tablette de paracétamol qu’il gardait rangée dans la table de chevet et avala deux gélules à sec avant de sortir du lit à son tour, s’étirant péniblement. 

D’ici quelques heures, il se sentirait en pleine forme. Et tant pis pour les vacances de rêve à l’étranger qu’ils avaient passé l’année à planifier. Tant qu’il était avec elle, même des vacances à la maison serait une aventure qu’il ne serait pas prêt d’oublier. 

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