BUS N°8

ET AUTRES HISTOIRES FANTÔMES

Bus n°8

Et autres histoires fantômes

Avril 2022.

Le bus viendra-t-il la chercher ? Où la mènera-t-il ? Pourquoi est-elle seule à bord avec un chauffeur taciturne ?

NAISSANCE DU PROJET

C’est parti d’une histoire toute simple. J’attendais le bus un soir pour rentrer chez moi, à un arrêt où de multiples lignes passent. Un écran lumineux indique pour chaque ligne les 2 prochains horaires en minutes. À la place du temps d’attente pour la ligne 8, répétée pour les deux trajets, il y avait cette mention « BUS THÉOR. » (comme « bus théorique »). Je n’avais jamais vu ça nulle part. Qu’est-ce que ça voulait dire, « bus théorique » ? Y’avait-il un bus, ou non ? Pourquoi n’avait-on pas de certitudes ? Quelques minutes plus tard, à un horaire qui n’était pas l’habituel, un bus 8 est apparu au coin de la rue. Il était vide (sauf le conducteur, cela va sans dire). Je suis montée à bord, seule. Les gens autour de moi étaient perdus dans leurs pensées. Nous avons passés les 5 arrêts qui me séparent d’un mien sans jamais s’arrêter, sans qu’aucun autre passager n’embarque. C’était étrange. Alors je me suis dit… « Et si ? Et si je tenais là le point de départ d’un roman, ou tout du moins d’une nouvelle ? ». Vicky m’a encouragée. J’ai décidé de me lancer pour un événement d’écriture en Avril. La suite ? Elle n’est tout simplement pas écrite…

INCIPIT

Je vais vous raconter l’histoire la plus étrange qu’il m’ait été donné de vivre. Si ce n’était pas à moi qu’elle était arrivée, jamais je n’y aurais cru. C’est une histoire du genre de celle qu’on lit dans les livres, et pourtant, je l’ai vécue. Et à l’aube de mon 90ème anniversaire, il est temps pour moi de vous la dévoiler. 

J’avais dans les 35 ans. J’étais une jeune femme de classe moyenne, célibataire, sans enfants. A la fac, une copine m’avait qualifiée de « carriériste », et à l’époque je m’en étais offusquée. Moi qui ne voulais rien tant que fonder une famille, avoir des enfants, non seulement je ne me reconnaissais pas dans le portrait qu’elle me dressait, mais en plus je m’en sentais insultée ! Je me rappelle encore de cette phrase si terrible qu’elle m’avait assénée : «Tu aimeras les enfants des autres avant d’aimer les tiens.»

Force est de constater que, pour autant que je ne pense pas avoir placé mon métier avant mon désir de maternité, elle avait raison sur ce dernier point. Bien avant d’être une maman,  j’ai longtemps été une tata, une tatie, une marraine. Et je me retrouvais donc dans la trentaine, secrétaire-comptable pour une entreprise de développement web en plein essor, à faire du coworking, du networking, et tous les anglicismes à la mode de l’époque. 


Pourtant, bien installée dans mon train-train quotidien, quelque chose manquait à mon bonheur. Un compagnon, croyais-je, courant d’applis de rencontres en soirées speed-dating (tiens, en voilà un autre !) sans pour autant trouver celui qui ferait chavirer mon cœur. J’ai adopté un chat, une vieille créature borgne au poil rêche qui n’aimait rien tant que vomir dans les chaussures de mes invités et s’asseoir sur mon visage quand je dormais. Il me rendait folle de rage, mais j’étais co-dépendante : il pouvait faire toutes les bêtises du monde, jamais je ne me fâchais. 

Je me pensais plus heureuse, j’étais juste victime d’une sorte de syndrome de Stockholm félin. Mais au fond de mon âme, la petite brèche grandissait, ce vide, cette faim de loup que je ne pouvais identifier. 

Jusqu’au jour où…

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