Il semblerait que je commence à m’installer dans cette routine d’un jour un texte. On verra si ça tient tout le mois. Je m’oblige à un minimum de 484 mots par jour/texte histoire d’être sûre d’atteindre mon objectif des 15K, mais je ne me limite pas. Tant que je ne considère pas l’histoire comme finie, je continue, l’essentiel étant de la finir le jour-même (sinon, je me verrai dans l’obligation d’inclure le prompt du lendemain dans le texte également).
Aujourd’hui, donc :
La bande-son de vos vacances

Elle n’aimait rien tant que chanter. Elle savait pertinemment n’y avoir aucun talent, voire même faire partie de la grande famille des casseroles, du genre de celles qui crissent et pourraient percer des tympans.
Cela ne l’avait jamais arrêtée pour autant, il fallait toujours qu’elle chantonne, qu’elle fredonne une mélodie, et même parfois qu’elle s’époumone sur ses morceaux préférés. Elle avait des playlists pour toutes les occasions : les titres qu’elle aimait écouter seule, les chansons du dimanche soir quand la mélancolie la prenait, les hits à écouter sous la douche, ceux qui l’inspiraient au travail mais aussi et surtout, la compilation ultime des vacances.
Quatorze heures de musique pour tous les road trips, tubes anciens, chansons de la honte qu’elle n’écouterait jamais en dehors de la voiture, morceaux pêchus pour rouler vers n’importe quelle destination, tant qu’on avait les fenêtres ouvertes et le cœur libre.
Et même quand elle n’était pas en train de conduire, le mix soigneusement sélectionné l’accompagnait à chaque instant. Elle ouvrait les yeux en chantant « Africa » de Toto, se brossait les dents sur « Whip it » de Devo. Au petit déjeuner, c’était le tour de « Come on Eileen » des Dexys Midnight Runners de s’installer à table face à elle. Parfois, son compagnon soupirait, la suppliant, juste un instant, d’arrêter de chanter. Mais la plupart du temps, il joignait sa propre voix éraillée à la sienne, l’entraînant dans une danse effrénée autour de la table, qui se terminait invariablement en éclat de rire et les laissait le souffle court et le cœur débordant de joie et d’amour.
Le reste de la journée n’était guère différent : dès qu’elle n’était pas occupée à quelque chose, ou dans un lieu public appelant au silence, elle se sentait envahie par l’irrépressible envie et besoin de chanter. Parfois, un simple mot prononcé par une autre personne suffisait à déclencher ce que son cher et tendre appelait « le juke box ». On lui avait déjà demandé pourquoi elle ne prenait pas des cours pour apprendre à chanter, s’améliorer, mais cela ne l’intéressait pas. Peu lui importait la qualité de sa prestation, elle ne chantait pas pour les autres, mais juste pour elle, parce que la musique emplissait sa vie et la rendait heureuse. Elle répondait alors gaiement « This is the souuuuuuuunnd of my soul » en tournoyant sur elle-même.
La musique était pour elle associée à l’ensemble des souvenirs qui composaient sa vie. Chanter du Dalida à plein poumons en découvrant l’île d’Aix à vélo, démarrer le moteur de la voiture avec un « Born to be wild » en repartant de la plage. « Le tunnel d’Or » d’Aaron, qui lui mettait toujours la boule au ventre en pensant à cet amour qui n’avait duré que le temps d’un été et dont elle avait pourtant cru qu’il était le seul et l’unique, se retrouvant le cœur brisé.
L’histoire appartenait au passé, mais les sensations s’accrochaient à la mélodie, toujours.
Il y avait aussi ces moments plus drôles ou attendrissant, comme son premier slow en colonie de vacances, à l’âge de sept ans, sur Imagine, de John Lennon, avec un garçon aux boucles brunes qui se prénommait Bastien et qu’elle n’avait plus jamais revu. Mais elle se rappellerait toujours de ce moment où les premières notes avaient retenti et où, dans sa mémoire d’enfant, la foule s’était écartée pour laisser passer le garçonnet qui venait la chercher pour cette danse.
Il y avait les fous rires avec les copains à tenter de recréer le clip de Sabrina dans la piscine, la première rencontre avec son compagnon, dans les tous premiers jours de l’été, où elle lui avait fait découvrir The Breakfast Club, ce film culte et « Don’t you (forget about me) » de Simple Minds, qui était si iconique pour elle.
Dans sa tête, il y avait aussi les vacances en famille et les cassettes de The Police qu’elle faisait passer en boucle à son père sur la route qui les conduisait à la maison de ses grands-parents, la passion qu’avait sa mère pour chanter – tout aussi faux qu’elle – des vieux tubes de Michel Delpech qui étaient à jamais gravés dans sa mémoire.
Sa vie était rythmée par la musique, et cela lui convenait parfaitement. Elle sourit à son compagnon, s’installant derrière le volant. Il lui rendit son sourire, baissant le pare-soleil pour jeter un coup d’œil dans le miroir. Elle fit de même dans le rétroviseur, son cœur se gonflant d’amour à la vue du bambin qui la fixait avec les yeux pétillants d’excitation et de joie. Elle enfonça la clef dans le démarreur, tournant pour mettre le contact.
L’ordinateur de bord s’alluma, démarrant automatiquement la playlist qui tournait depuis quelques semaines en boucle sur son téléphone.
Elle n’aurait pas cru troquer un jour sa playlist officielle des vacances pour une compilation de comptines pour les tout-petits, mais elle n’échangerait sa vie pour rien au monde. Un dernier coup d’œil dans le rétro, et c’était parti pour le début de sa nouvelle vie, et les premières vacances de son fils.
