Dans mes cartons…

Ces dernières semaines, dans l’anticipation d’un déménagement à venir, j’ai fait beaucoup de tri. L’idée c’est de partir le + léger possible, sachant qu’entre temps il aura aussi fallu rapatrier tout ce qui était dans ma Galerie – désormais fermée – chez moi. C’est ainsi que j’ai retrouvé quelques textes sur feuilles volantes, tous plutôt anciens, dans des formats différents. C’est comme une plongée dans les émotions de mon passé… Tu plonges avec moi ? 🤿

Janvier 2010 pour les Impromptus Littéraires – TW : sang

(je ne date jamais mes textes papier. Celui-ci fait visiblement exception)

J’ai vu les crocs de la terre
Et mon sang mêlé
S’écouler de ma chair
L’enfer s’en imprégner

J’ai senti l’odeur de la peur
Mes sensations se brouiller
Le silence se faire
Dans mon esprit épuisé

Je retourne à la terre
Celle qui m’a dévorée
Je redeviens poussière
Vais reposer en paix


Clotaire

Poème écrit pour le baptême de mon neveu

Descendant des rois, tu seras un prince
Un homme grand, de corps et d’âme
Prompt à aimer
Tu resteras fort dans l’adversité
Généreux et doux
Un homme juste et droit
Tu auras foi en l’avenir
Quand le ciel sera noir
Et d’un seul sourire
Balayeras le désespoir
Tu seras franc et désinvolte
Et tu sauras pardonner
Un homme admirable
Tendre et paisible
Tu n’auras jamais peur d’échouer
Car même les erreurs font avancer
Tu seras sage
Comme savent l’être les rois
Tu es déjà notre prince
Bientôt tu seras un homme
Clotaire, et toujours
Souverain de nos cœurs


2013 ? 2019 ?

Poème écrit sur les pages déchirées d’un agenda, commençant à la date du lundi 4 mars

De tempêtes en naufrages
Souvent j’ai navigué
Sur des mers sauvages
Des océans mauvais

Perdant chaque fois l’espoir
De reposer un jour le pied
Sur de plus doux territoires
Aux parfums apaisés

C’est alors que tu m’es apparu
Me guidant tel un phare
Ton cœur vers le mien tendu
M’extirpant d’un cauchemar

J’ai goûté enfin au repos tranquille
Des eaux de ton amour placide
Mon âme tourmentée a demandé asile
Au creux de tes bras avides

Mais parfois encore, juste pour le frisson
Je souffle, je m’agite et j’enrage
Entretenant le feu de la passion
Dans le plaisir brûlant de l’orage


Auriane

Texte écrit pour le baptême de ma (première filleule) – 2018

Auriane,
Lorsqu’on m’a demandé d’être ta marraine, mon cœur a fondu
Ton prénom évoque l’or, et c’est d’or que sera fait notre lien
Par ton sourire, déjà, je suis conquise, et tu fais fleurir le mien
Ces liens familiaux qui me sont si chers, tu les rends un peu plus forts
Et je suis si fière que tes parents m’accordent cet honneur
Auriane, je suis ta marraine, et tu seras ma reine
Un petit morceau de moi sera toujours près de toi
Pour te réconforter, te chérir et t’écouter, quand tu le voudras
Je ne serai jamais loin, pour partager avec toi tes joies
Et tes peines bien sûr, il y en aura, mais nous ferons en sorte de les adoucir, pour que revienne ton sourire.
Auriane,
Je t’ai aimée dès le premier instant, petite princesse d’or
Petite reine dans le cœur de ta marraine.


Anaïs

Lettre écrite suite au décès d’une amie chère à mon cœur. TW : mention de suicide

T’es partie tellement loin
Que j’espère au moins
Que de la où tu es
Tu souffres moins

Je t’aimais. Je sais que tu le sais, mais peut-être pas. Peut-être que si t’avais pu croire qu’on pouvait t’aimer, on en serait pas là. Je sais pas si je dois te comprendre, je sais pas si j’en ai envie. La colère, dans ces cas-là, c’est plus facile. Même si ça me ressemble pas. J’ai cru que tu pouvais survivre à tout, et je t’en veux de m’avoir montré que j’avais tort. J’aime pas avoir tort, et tu méritais pas ça.
T’as voulu tout casser, et tout détruire, t’as réussi ton coup. Je sais même pas pourquoi j’ai douté de toi, pourquoi j’ai cru que tu le ferais pas.
Dans quelques temps, je sais que je pourrai sourire en pensant à toi, mais là quand j’entend ton rire, c’est pleurer qui me vient.
Tu souffres plus, et c’est mieux comme ça, mais ça m’arrache la gueule de le dire, parce que tu vaux mieux que ça. T’avais plein de choses à apporter, t’avais trouvé ta voie, et si seulement t’y avais cru, on en serait pas là.
On est tous en train de se demander ce qu’on aurait pu faire. Mais la réponse, c’est rien. T’étais intelligente, et je doute pas une seconde que t’avais bien calculé ton coup, que t’as tout bien fait comme il faut, pour tout faire péter. J’aurais aimé que tu fasses moins de dégâts.
Je voudrais te prendre dans mes bras, et je voudrais te gifler, je voudrais que tu m’écoutes, cette fois, comme tu l’as fait si souvent. Je voudrais que tu puisses lire cette lettre, et je vais la brûler, parce que je pourrai pas relire ça, et tu la liras pas.
T’as survécu à tout, mais pas à ça, et je comprendrai jamais.
J’aurais voulu que tu te vois avec mes yeux à moi, avec amour et fierté.
Je voudrais que tu me dises un truc, maintenant, et tu ne me diras plus jamais rien.
Et j’ai pas envie de finir cette lettre, parce que je veux pas couper les ponts avec toi.
T’as fait de la merde, ces derniers mois, mais je t’ai écrit « tu ne me perdras pas », et je voudrais pouvoir te jurer que c’est vrai. Peut-être que quelque part, tu me croyais pas. J’aurais voulu que t’arrêtes d’être une victime, parce que t’es tellement plus que ça. T’as lâché l’affaire et ça me déçoit. Y’a rien qu’on aurait pu faire et je le sais, mais je voudrais te l’entendre dire, pour être sûre que là où tu es, ça va.
J’espère que ton monde est moins moche, et que t’es en pyjama licorne. Ici le monde est un peu moins vif sans toi. Je voudrais que tu reviennes, mais ça se peut pas. Et je t’en veux, putain, je t’en veux.
Je t’aimais, Anaïs, et y’avait pas que moi.

… Je n’avais jamais relu cette lettre. Visiblement, je ne l’ai pas brûlée non plus. Le deuil est une chose étrange. Je ne reconnais pas ma colère dans cette lettre, je me trouve dure et violente. Et en même temps, je pleure encore parce qu’elle me manque fort. Y’a un morceau de moi qui est parti avec elle, ce jour-là. Avec le temps et la sagesse, j’ai compris, bien sûr. Je n’ai pas pardonné, parce que ce n’était pas ma place. Ce qu’elle a fait n’avait rien à voir avec moi. C’est le seul chemin qu’elle a trouvé pour elle, pour la souffrance qui était sienne. Je ne suis toujours pas d’accord, bien sûr, et je veux croire avec force qu’il y a toujours une solution, que la vie est toujours le bon choix. Je l’aime toujours comme je l’aimais alors, même si sa voix s’est un peu effacée. Je pense à elle, parfois, et je regarde des vieilles photos, et je ris derrière mes larmes en pensant à nos meilleurs moments plutôt qu’aux pires, plutôt qu’aux derniers.


#MeToo – TW : violence domestique, violences sexuelles et sexistes

J’ai encore ce cri, caché dans le fond de la voix
Comme une supplique, « Les voisins vont appeler les flics »
Mais la police n’est jamais venue, et moi j’ai trouvé ce mur
Je me rappelle encore de tes mains, ces mains que j’aimais tant, je me rappelle de ta réponse
« C’est pas ma faute si tu marques facilement »
Je me rappelle que tu m’avais promis, au tout début
De me protéger de la vie, de ce que j’avais vécu
Je me rappelle de ta révolte et de ton poing fermé
Alors dirigé vers ces autres qui m’avaient tant blessée
J’aurais dû savoir alors que ta colère de chevalier blanc
Finirait par m’engloutir, une nuit de novembre.
D’autres se sont chargés de faire « pire », avant toi ou après
Mais pour ce qui est de me détruire, tu les as surpassés
Je voulais me taire, ne rien dire, vivre dans l’oubli
Mais je ne peux que témoigner, à mon corps défendant, que #MoiAussi


Sans titre

On va finir sur un truc plus léger, écrit au dos d’une carte postale, je dirais vers 2017 ? Celui-ci et le tout premier de la page sont les seuls textes de fiction du lot.

J’étais là, assise sur mon banc, à attendre le bus, sagement, quand il est arrivé. C’était bien lui, cet homme que j’avais aimé de tout mon être, de toute mon âme, déjà dix ans plus tôt, dans une autre ville, dans une autre vie.
J’avais maintenant 30 ans, et il approchait la quarantaine, ce qui lui seyait plutôt bien. Ces petites rides que j’avais l’habitude de lisser du bout des doigts étaient plus profondes maintenant, et quelques copines les avaient rejointes. Dix ans de vie loin, loin de mon esprit, avec son lot d’amours et de… de quoi, je n’ai pas envie de le savoir.
J’ai souri, puis cligné des yeux. Il a disparu

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