Tir à l’arc

Le tir à l’arc a été une de mes découvertes préférées de colonie de vacances, et une chose à laquelle j’avais un certain talent. Je n’ai jamais cherché à poursuivre ensuite et aujourd’hui, je ne crois pas que mes mains abîmées par la maladie pourraient maîtriser un arc.
Alors je me suis fait plaisir avec ce texte.

Le thème du jour était (sans surprise) :

TIR À L’ARC

Amandine se campa sur ses jambes, le torse légèrement tourné, le bras gauche bien droit tendu vers l’avant, les doigts resserrés sur son arc. Ses longs cheveux bruns étaient rassemblés en une longue tresse grâce aux doigts agiles de Laura. Son cœur se mit à battre plus fort en pensant à la jeune femme, et elle prit une grande inspiration pour se recentrer. 

De sa main droite, elle ramena lentement la corde en direction de sa poitrine, s’efforçant de garder le coude bien droit dans l’alignement de la flèche. D’ici, elle pouvait sentir l’odeur particulière de son matériel de compétition, un parfum qui lui rappelait le bois brûlé. Elle se concentra sur sa cible et compta jusqu’à trois dans sa tête avant d’ouvrir les doigts, la corde relâchée propulsant la flèche telle une fusée qui alla se planter droit dans le cœur rouge face à elle. 

Elle s’autorisa un faible sourire, puis fit rouler ses épaules pour dénouer les muscles endoloris par l’effort. 

Elle n’avait pas perdu la main malgré toute ces années, pensa-t-elle fièrement, parcourant le terrain pour aller récupérer le carreau fermement planté dans le bois. 

Quand elle se retourna, une foule d’adolescents émerveillés l’applaudit à tout rompre. Perdue dans ses pensées, elle en avait oublié leur existence, et éclata de rire avant de s’incliner pour une référence gracieuse. 

Une fois le bruit retombé, elle s’éclaircit la gorge et, d’une voix forte, entonna son discours, le même que tous les ans. 

«Bonjour les enfants, et bienvenue au Camp des Pinsons Rieurs. Aujourd’hui, vous allez prendre une leçon de tir à l’arc, avec moi-même, triple championne de France. Mais d’abord, quelques consignes de sécurité… »

La journée avait été longue, mais agréable dans l’ensemble. Les jeunes campeurs de la colonie s’étaient montrés très à l’écoute et désireux d’apprendre. C’était la première année que tout se passait aussi bien à vrai dire, sans qu’elle n’ait besoin de reprendre quelques rigolos qui avaient du mal avec la notion de danger. Elle avait aussi eu le plaisir de rencontrer quelques jeunes filles qui avaient déclaré vouloir être « comme elle quand elles seraient grandes », ce qui avait flatté son égo tout en la confortant dans ses choix de vie. Si elle pouvait servir de modèle à ne serait-ce qu’une seule jeune femme, si elle pouvait les aider à dépasser les clichés et à comprendre qu’elles pouvaient devenir ce qu’elles voulaient, alors sa mission sur Terre serait accomplie. 

En attendant, elle poussa la porte de son appartement dans le village voisin, une odeur de gâteau au chocolat lui chatouillant les narines. 

Toute fatigue abandonnée, elle se précipita jusqu’à la cuisine, découvrant une silhouette familière qui s’activait aux fourneaux. S’avançant à pas de loups, elle glissa ses bras autour de la taille fine. Elle pencha la tête sur le côté, caressant du bout du nez la nuque délicate, laissant ses lèvres à peine frôler la veine qui s’y trouvait, celle où, si elle se concentrait assez, elle pouvait sentir le pouls et la vie qui y courait. 

«Mmmhhhh… Arrête de teaser…»

Le sourire s’entendait dans la voix de Laura malgré l’apparent reproche, et elle poussa un petit rire avant de laisser sa bouche parcourir les derniers millimètres, embrassant sa compagne dans le cou avec toute la force de son amour. 

La jeune femme devant elle prit le temps de poser ses ustensiles et de couper le gaz sous la poêle avant de se tourner dans ses bras, pour un vrai baiser. 

«C’est une agréable surprise», dit enfin Amandine, rompant leur embrassade. 

«Je croyais que tu devais repartir en début d’après-midi…»

«Je devais», répondit Laura dans un haussement d’épaules. «Mais je n’avais pas envie de te laisser, pas encore… Comment s’est passé le cours de tir à l’arc, aujourd’hui ?»

Le changement de sujet était abrupt, et elle ne comptait pas laisser faire cela. 

«Je te raconterai plus tard devant le dîner. En attendant, embrasse-moi encore… »

Son amante ne se fit pas prier. 

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