Elle pose un pied sur le balcon. La pierre est douce et chaude, contraste étonnant avec la violence du soleil qui lui brûle les rétines. Elle voudrait pouvoir s’allonger là, sur le carrelage beige vieilli par les ans, noirci par endroits par la mousse et les infiltrations d’humidité signalées tant de fois au propriétaire sans pour autant qu’il n’y manifeste d’intérêt.
Peu importe, pense-t-elle. Si je pouvais me coucher, absorber la chaleur du sol sans pour autant subir celle du soleil, alors je pourrais enfin respirer. Réchauffer de l’intérieur mes os glacés, revenir à la vie.
Mais la lumière l’aveugle, le sol est dur, son corps est une planche de bois transpercée de clous rouillés. Pas vraiment, pas littéralement, mais la sensation est la même. Alors elle rentre, ferme les volets, se barricade loin du bruit, de la lumière, de la chaleur et de ce monde extérieur qui lui agresse les sens. Elle s’enroule dans une couette moelleuse, et pose sa joue sur le matelas frais dans cette chambre dont elle s’assure qu’elle ne voie jamais le soleil. Isolée du monde et des gens, elle soupire, ferme les yeux et s’endort. Peut-être qu’à son prochain réveil, tout sera enfin différent. Peut-être.
