Douleur.
Douleur. Comme un raz-de-marée, comme une prison, la douleur. Comme l’orage qui monte et vous étouffe sous sa lourdeur. Douleur. Presque un anagramme.
Genoux. Mains. Ovaires. Tête. Cœur. Douleur.
Partout, tout le temps, à ne plus savoir qu’en faire. Comme une sœur, douleur. Qui m’empêche, qui me prive et me punit, un signal d’alarme bien à moi qui dit… Ça suffit. Douleur. Qui crie et gronde en moi. Une habitude, une addiction, une maladie. Douleur. Une peur, aussi. Douleur.
De voir le monde se dérober, continuer sans moi. De perdre mes capacités, le tout envahi. Douleur. Par ci, par là, s’en va. Reviens, douleur. Un coup de poignard, un coup de semonce, le crissement des ongles sur le tableau, un électrochoc, un tremblement de terre. Douleur. Se tordre, se courber, se plier, ployer.
Ployer, définition : se déformer sous une force. Tenter de trouver le répit dans les replis, dans les angles, se recroqueviller. Petite, petite comme avant. Avant la douleur. Se dissoudre dans la douleur. Qui étais-je, avant ? Etais-je toujours moi, avant la douleur ? Y’a-t-il eu un avant ? Je ne m’en souviens pas. Douleur qui me ronge, qui ne se tait pas. Qui attire mon attention, réclame mon cerveau. Plic ploc. Les gouttes d’eau du robinet qui fuit, si petites, si fragiles et pourtant… Douleur. Fracassante. Résistante. Elle ou moi. Elle ? Ou moi ? Une seule et même, peut-être. Douleur qui ne se tait pas. Je voudrais la sortir, je voudrais la crier. Mais je n’ai plus les mots.
Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai mal. Comment tu vas ? J’ai mal. Douleur obsédante, malsaine. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Il n’y a pas de pas du tout. Il y a le toujours. Douleur. La peau à vif, les nerfs à nu. Au plus profond et en surface. Douleur. Dans les détails et dans le tout. Douleur. Des larmes brûlantes sur mes joues, qui ne peuvent t’évacuer. Douleur. Mon autre moitié.
