Avec 24 heures de retard et un épuisement qui se fait ressentir dans mon écriture : le jour 4. La fin est bâclée. La morale n’y est pas. Mais je n’arrivais pas à trouver une fin correcte.

On ne choisit pas toujours son destin. Le tien était celui d’être l’ennemi juré d’un magnifique chat roux. C’était ancré, quelque part au fond de sa mémoire, imprimé dans son ADN : Raoul le rat fourbe, dont les plans diaboliques étaient constamment déjoués par Lenny, le chat mignon. Le dessin animé phare de ces trois dernières années, qui avait donné lieu à une quantité massive de produits dérivés.
C’est ce qu’il était, ni plus ni moins. Une figurine articulée d’un personnage de fiction détesté. Et tout le monde le savait. Il faut dire que Lenny était vraiment mignon, avec ses grands yeux verts, son pelage long et soyeux, et son air canaille qui faisait craquer tout le monde, les enfants comme les autres jouets. Son apparence à lui incitait au rejet, avec ses dents bien trop longues, ses yeux injectés de sang, et sa queue moulée dans une substance visqueuse qui n’inspirait rien d’autre que le dégoût.
Il avait l’habitude de vivre en reclus, s’étant fait une tanière dans les restes d’une boîte à chaussures, fuyant ce monde qui le détestait. Les rares fois où il s’aventurait hors de son territoire, les autres jouets du placard chuchotaient sur son passage, lui jetant des regards en coin. Il n’avait pas besoin de les entendre pour savoir ce qu’ils pensaient.
Puis était venu le jour du Grand Ménage de Printemps. Une fois par an, une quantité variable de jouets étaient sortis du placard, emportés au loin, et l’on entendait plus jamais parler d’eux. Raoul se disait que son tour finirait par venir. C’était dans l’ordre des choses, et, en toute honnêteté, qui voudrait le garder ? Mais, immanquablement, chaque année, il survivait à la rafle. Alors, quand cette fois-ci, il fut parmi les sélectionnés au grand départ, il pensa que son heure était venue. Il allait connaître la fin, la délivrance.
Et c’est un tout autre monde qui s’ouvrit devant lui. Un coffre à jouets immense, à ciel ouvert, avec des jouets venus de partout, des inconnus à perte de vue, certains vieux, usés, des jouets qui n’avaient pas été épargnés par la vie. Et surtout : pas de Lenny. Personne pour connaître son passé, personne pour monter les autres contre lui. Un immense champ des possibles, une occasion inespérée de se réinventer.
Quand un gros ours borgne qui semblait être le leader de la bande lui demanda de se présenter, un flot de mensonges s’échappa de son museau avant même qu’il ait eu le temps d’y réfléchir. Une histoire tragique dans laquelle il avait perdu femme et enfants, dévorés par un monstre félin terrifiant.
La compassion qu’on lui témoigna fut comme une couverture moelleuse dans laquelle on l’enrobait. C’était donc ça, d’être apprécié ?
La sensation était délicieuse. Addictive. Plus les jours passaient, plus il s’enfonçait dans un tissu de mensonges qui menaçait de lui échapper. Il réécrivait l’histoire, et cette fois, il était le héros.
Alors le jour où, finalement, Lenny arriva à son tour, la panique s’empara de lui. Mais il était désormais un membre de la communauté, aimé de tous. Enfin, il tenait sa vengeance.

Mais Raoul est maléfique !!!! (Enfin, le Chat me signale que c’était une évidence, vu qu’il était contre un Chat. Roux en plus)
Plus sérieusement, attention, le personnage principal d’un conte ne peut pas être le méchant de l’histoire. Donc, il lui faudrait un arc narratif rédempteur à la suite de l’arrivée de Lenny (qui peut même trouver place après lui avoir fait un ou deux sales coups).