Je saute le Jour 13 parce que j’ai fait un combo entre le thème du jour (« Bataille de Polochons ») et le Défi Écriture Sexy proposé par Vicky Saint-Ange.
C’est donc un texte érotique qui a été écrit, et si ça vous intéresse, le mieux est d’aller directement le lire sur Archive Of Our Own, où je l’ai posté avec toute la série du Défi.
Sur ce, passons au thème du jour 14, qui était… (roulement de tambour) :
HISTOIRES / CHANSONS AU COIN DU FEU

C’était son moment préféré des colonies de vacances. Cela faisait quelques années maintenant qu’il était animateur sur les sessions d’été, et il n’avait à chaque fois qu’une seule hâte : celle de la soirée du feu de camp.
C’était toujours un moment spécial d’emmener les gosses loin des bâtiments en béton triste des années 50 qui les accueillaient, de leur faire planter la tente dans la grande clairière aménagée au milieu des bois, et d’allumer le soir un feu de joie, autant pour réchauffer tout le monde que pour la tradition des chamallows grillés.
La première fois, il s’était senti particulièrement stressé. Tout ce sucre, est-ce que ça n’allait pas écœurer les enfants ? Les surexciter ? Parviendraient-ils à dormir ensuite ? Et combien se réveilleraient avec des maux de ventre et la nausée ?
Mais dans l’ensemble, tout s’était toujours bien passé. Une fois que les gamins avaient leur content de la friandise moelleuse et fondante, la magie du crépitement des flammes et des sons de la forêt qui les entourait suffisait à les apaiser.
Il sortait alors sa guitare. Son père avait été un musicien acharné, tenant à ce que chacun de ses enfants maîtrise un instrument. Son petit frère avait choisi le piano, sa sœur la batterie et lui s’était tourné vers la bonne vieille six cordes.
L’été de ses quinze ans, il avait cumulé les petits boulots pour amasser de quoi s’offrir une Fender Tim Armstrong Hellcat Acoustic d’occasion, qu’il trimballait désormais partout.
Ce soir ne faisait pas exception et, avant même qu’il ne commence à gratter les cordes, il pouvait voir des étoiles briller dans le regard de quelques enfants, leurs frêles silhouettes tendues en avant, concentrées pour ne rien rater du spectacle.
Cela le fit sourire et, pour le plaisir de voir leur yeux s’agrandir, il joua tout en douceur quelques accords. Le son clair venait agréablement se marier au feu qui ronronnait devant eux et à l’atmosphère calme et détendue de cette soirée. Il n’avait qu’une envie : créer un moment mémorable, un souvenir auquel chacun pourrait se raccrocher encore longtemps.
Il se racla la gorge, caressant machinalement le caisson en bois qui pesait confortablement sur ses genoux.
«Ce soir, nous allons faire les choses un peu différemment. J’ai envie de mettre vos talents à l’honneur. Vous pouvez au choix chanter une chanson ou raconter une histoire. Je ferai votre accompagnement musical. Bien sûr, vous pouvez aussi choisir de rester simples spectacteurices ! Vous le savez, on n’oblige personne ici. Alors, qui se sent d’attaque ?»
Des cris de joie jaillirent de toute part, qui disruptèrent un instant le calme de la nuit. Mais cela valait tout l’heure du monde à ses yeux, et il ajusta la sangle de sa guitare sur son épaule avec un sourire radieux. A ses côtés, sa collègue animatrice Maëlys semblait irradier de bonheur également, et il lui donna un coup d’épaule affectueux pour sceller entre eux ce moment.
«Et bien c’est parti ! À qui le tour ? »
Des dizaines de petites mains volontaires s’élevèrent, et il se rengorgea de fierté pour les enfants dont il avait la charge. Il n’était pas sûr qu’il aurait eu, à leur âge, le cran de se produire devant ses camarades.
«Oh là, les jeunes ! Nous avons toute la nuit devant nous !»
Ce n’était pas vraiment le cas, et il se ferait tirer les oreilles par la directrice s’il ramenait le lendemain une bande de gosses épuisés aux cernes plus grosses qu’eux, mais c’était un problème qu’il aviserait plus tard. Pour le moment, il fallait profiter de cette soirée.
«Très bien. Et on commence tout de suite par…. Bertille ! »
Pendant plusieurs heures durant, leur campement résonna des chansons, des rires, des histoires de tous les enfants qui se prêtaient joyeusement à l’exercice. Certains avec plus de talent que d’autres, mais ce soir, ce n’était pas ce qui comptait. L’expérience était magique, et il s’attelait de son côté à la lourde tâche d’inventer des mélodies, ou de reproduire à l’oreille celles des chants les plus populaires que certains choisissaient d’interpréter pour leurs copains.
Petit à petit, l’ardeur retomba. Les paupières clignaient plus lentement, se faisaient plus lourdes, les mentons venaient se poser sur les mains.
Il jeta un coup d’œil à Maëlys qui hocha la tête, avant d’entama de sa voie douce, légèrement éraillée, une histoire qui avait tous les aspects d’une berceuse. Il égrena ses notes lentement, ses doigts caressant à peine les cordes pour l’accompagner.
Le mot « fin » vint les cueillir tout en délicatesse, et ils passèrent le dernier quart d’heure à guider des enfants somnolents jusqu’à leurs tentes, les couvrant de leurs sacs de couchage grand ouverts, refermant précautionneusement les moustiquaires.
Quand ils ne resta plus qu’eux deux, ils s’installèrent à nouveau au coin du feu mourant, partageant la chaleur d’un plaid étalé sur leurs jambes. Maëlys posa sa tête sur son épaule, confortable dans l’intimité de leur amitié. Ils partagèrent une bière en silence, profitant du calme du milieu de la nuit. Puis quand les dernières flammes se furent éteintes, ils purent enfin, à leur tour, aller se coucher.
