Vite ! Tous au minibus !

J’ai beau avoir écrit moi-même les prompts du mois, je ne savais pas trop par quel angle d’attaque aborder celui-là. J’ai malgré tout produit quelque chose…

Et le thème était :

« VITE ! TOUS AU MINIBUS ! »

La fin du Camp approchait, et déjà, l’été cédait lentement mais sûrement sa place à l’automne. Les jours de pluie grise avaient remplacé les éclairs et le tonnerre, un vent frais soufflait le matin qui agitait la cime des arbres qui se paraient de couleurs dorées. 

Il ne restait plus beaucoup d’enfants à la Colonie des Mille Fleurs, seule une poignée, ceux dont les parents avaient déjà repris le boulot et n’avaient pas les moyens de les faire garder avant la rentrée scolaire. 

Tous les ans, Pascal et son équipe se dévouaient pour faire du rab gratuitement, garder ces quelques gamins, les divertir et les préparer au retour à l’école. 

Les activités quotidiennes changeaient, sur ces derniers jours. Il s’agissait moins d’apprendre à faire du poney, des plongeons dans la piscine ou des bracelets de l’amitié, et plus de prendre une longueur d’avance sur les programmes de l’école. 

Souvent, c’étaient les mêmes gamins qui revenaient d’une année sur l’autre, ou les mêmes profils, et Pascal avait vite compris la formule. Ces mêmes gosses dont les parents n’avaient pas le luxe de s’occuper en été étaient parfois tout aussi souvent livrés à eux-mêmes le reste de l’année. ça signifiait des échecs scolaires en cascade, des difficultés de compréhension, des enfants frustrés d’un système qui les laissait à l’abandon. 

Alors ils faisaient de leur mieux pour les aider et les accompagner, faisant planer une atmosphère studieuse sur le réfectoire où ils se réunissaient. 

Entre dictées inventives tirées de leurs films et séries préférées, mathématiques appliquées, chimie en cuisine et leçon de choses, l’équipe redoublait de créativité. 

Et d’année en année, les enfants s’amusaient, mais parvenaient aussi à développer leurs connaissances. 

Aujourd’hui, ils avaient prévu une balade en forêt. Il faisait beau, suffisamment chaud pour avoir envie de rechercher la fraîcheur des sous-bois, et ce serait l’occasion de parler cycle de la vie mais aussi faune et flore locale. 

Pascal s’était arrangé avec un copain d’une écoferme voisine qui s’était amusé à créer un jeu de piste dans les bois, l’idéal pour apprendre en s’amusant. 

Les enfants s’étaient levés tard, traînant un peu des pieds. Certains commençaient à avoir le mal du pays, et la mélancolie se répandait comme une traînée de poudre à travers les bambins. Pascal espérait que l’activité du jour inverse la tendance. 

Il les laissa prendre leur petit déjeuner tranquillement, sous la surveillance de Marie, la cuisinière, et se précipita vers la réserve, là où tout le matériel d’animation était gardé sous clef. Il fouilla un moment dans la malle aux costumes avant d’en extraire ce qu’il cherchait et, riant sous cape, enfila prestement le costume, s’arrêtant face au miroir et à la trousse à maquillage restée abandonnée sur la coiffeuse, avant de sortir d’un pas rapide pour retourner au réfectoire. 

Camille avait pris les choses en main en son absence, faisant réciter leurs tables de multiplication aux enfants, distribuant les bons points à tour de bras. 

Le jeune homme s’arrêta bouche bée en voyant Pascal rentrer dans la pièce, et les gosses se turent avant de se tourner pour suivre son regard, s’esclaffant en voyant leur directeur, grimé en vieux sorcier des bois ! 

Ils s’approchèrent de lui en courant, leurs petites mains touchant la toile de jute rêche de la robe, son postiche de barbe et, pour le petit Antonin, son chapeau pointu quand il s’accroupit au milieu de la minuscule foule de ses admirateurs. 

Il prit le temps de leur expliquer le programme de la journée, répondant avec patience à toutes leurs questions excitées. 

Son coeur se gonflait d’amour et de fierté de les voir ainsi s’illuminer et, quand sa montre sonna l’heure du départ, il se redressa, portant ses mains en coupe à sa bouche avant de s’écrier : «Vite ! Tous aux minibus !»

Ils ne se firent pas prier. 

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