J’ai pris du retard sur mes publications. C’est pas ma faute, j’étais occupée. Je tiens le rythme en matière d’écriture, c’est au moins ça.
Avant de vous annoncer le thème et de vous laisser scroller pour lire le texte, je voudrais mettre des trigger warnings. Le problème étant que je ne sais pas trop quels TW mettre. Donc on va dire :
TW : Relation toxique, Violence psychologique
Dans le doute, si nécessaire, préservez-vous et ne lisez pas. Ou écrivez-moi pour poser vos questions d’abord.
Le thème du jour était :
Un Désaccord éclate entre deux personnes

C’étaient les pires vacances qu’ils avaient jamais passées, et Amélie ne pouvait s’empêcher de se poser des questions sur l’avenir de leur relation. Après 5 ans de vie de couple, était-ce la fin qui s’annonçait ?
Ils avaient commencé par ne pas être d’accord sur leur destination estivale. Elle voulait louer une petite cabane dans les bois, avec un lac à proximité, quelque chose au calme, un peu isolé. L’année avait été difficile, entre le décès de sa grand-mère et un divorce pénible pour les parents de Marc. Ils avaient besoin de se retrouver d’autant plus, et elle n’avait souhaité rien tant que d’être dans une bulle avec lui.
Il avait vu les choses d’un autre œil, insistant pour des vacances hyper actives avec un groupe de potes qu’il fréquentait depuis le lycée. Louer une grande baraque dans le sud, partager les frais entre toutes les familles, gosses inclus. Ils avaient longtemps débattu, puis elle avait fini par céder. Cela faisait un an qu’ils essayaient sans succès d’avoir un enfant, peut-être qu’être entourés de ceux de leurs copains combleraient un peu ce vide, voire même débloquerait quelque chose en eux.
Elle n’appréciait pas spécialement ce groupe : les hommes entre eux reprenaient vite un comportement de post-adolescents, la plupart de leurs conjointes ne les aidant pas en les maternant. Les seuls qui trouvaient grâce à ses yeux étaient Lena, la fiancée de Marius, et Vincent et son conjoint Jules, seul couple gay de la bande.
Elle appréciait Lena parce que la jeune femme, d’origine Argentine, avait un tempérament bien trempé et ne se laissait pas marcher dessus. Elle était franche, directe, et ne tolérait pas les enfantillages de son compagnon, le remettant sans vergogne à sa place si nécessaire. C’était aussi la plus jeune du groupe, et elle embarquait toujours Amélie dans de folles aventures.
Vincent et Jules, eux, étaient les adultes posés du lot. Ils étaient depuis plusieurs années engagés dans leur propre parcours du combattant, celui de l’adoption. C’étaient les seules personnes qui prenaient de ses nouvelles tout au long de l’année, et c’est en partie parce qu’ils seraient présents qu’elle avait cédé à la proposition de Marc.
Les choses n’avaient fait qu’aller de mal en pis ensuite. D’abord, comme il fallait s’y attendre, le groupe s’était déchiré sur l’organisation de la semaine de vacances. Certains voulaient planifier les repas, faire un budget, répartir les tâches. Les autres clamaient que les vacances étaient faites pour se détendre, et qu’on pourrait improviser sur place. Finalement, il était revenu à une poignée d’entre eux de prévoir les menus et faire les courses, ce qui avait en soi apporté son lot de chamailleries sur les choix de produits, les marques, le bio, les régimes alimentaires spécifiques.
Au troisième jour, Amélie se sentait épuisée. Marc passait le plus clair de son temps à boire des bières au bord de la piscine, ignorant royalement son existence sauf lorsqu’il avait faim, ou lorsqu’il venait enfin se coucher, à des heures tardives, empestant l’alcool et laissant ses mains courir sur elle de façon suggestive. «Ce sera la bonne cette fois-ci », promettait-il. «On fera un bébé. »
Elle ne le reconnaissait plus, ne se reconnaissait plus, et ne désirait qu’une chose, rentrer chez elle pour se rouler en boule sur une couverture et pleurer.
Au cinquième jour, elle se leva à l’aube à pas de loup, pensant pouvoir profiter d’un peu de solitude matinale pour lire un livre au soleil en sirotant un thé. Marc ne l’avait pas rejointe, mais vu l’état dans lequel elle l’avait laissé la veille, elle n’était pas étonnée. Une petite part d’elle, qu’elle essayait désespérément d’étouffer, en était même soulagée.
Arrivée au bas des escaliers, elle réalisa qu’il y avait du bruit dans la cuisine, et soupira. Tant pis pour sa tranquillité. Elle se força au calme, et poussa la porte.
Vincent, Jules et Lena étaient là tous les trois, à faire la vaisselle et ranger les restes de la veille, jetant les cadavres de bouteilles qu’on ne comptait plus, grimaçant de dégoût face à l’état de saleté dans laquelle la pièce avait été laissée cette nuit.
Un soulagement intense s’empara d’elle à la vue de ses amis, et elle se laissa choir sur une chaise, laissant redescendre l’adrénaline.
«Hey baby», lui dit Jules, se penchant par-dessus elle pour déposer un baiser sur sa joue tout en empilant des assiettes sales. «Tu as une mine affreuse. »
Elle éclata de rire alors que Vincent se tournait, donnant une tape affectueuse sur le bras de son conjoint, les sourcils froncés.
«Ce n’est pas quelque chose qu’on dit à une lady, enfin ! »
A les voir se taquiner pour mieux s’embrasser ensuite, elle sentit le noeud qui lui serrait la poitrine se défaire quelque peu. Lena déposa alors une tasse de thé devant elle, prenant place sur la chaise à côté de la sienne, posant sa tête sur son épaule.
«Laissons les garçons finir le ménage. Il faut bien qu’ils servent à quelque chose. J’ai l’impression de t’avoir à peine vue ces derniers jours. Tu me manques. Faisons quelque chose rien que toutes les deux aujourd’hui. »
Amélie se tourna vers son amie pour répondre, mais son sourire s’effaça quand Marc choisit cet instant pour rentrer par la porte-fenêtre ouverte, s’entravant dans le seuil et manquant tomber avant de se redresser en titubant.
Il puait la sueur, le tabac froid et l’alcool fort, était partiellement débraillé, les boutons de sa chemise en partie arrachés, le reste attaché en décalage, les cheveux en bataille et les yeux injectés de sang.
Elle se leva d’un bond pour se précipiter vers lui, les bras en avant pour le retenir.
«Est-ce que ça va ? Que s’est-il passé ? Où étais-tu ?»
Elle était fixée par l’inquiétude alors que ses yeux le dévisageaient intensément, à la recherche d’une blessure quelconque.
Elle tendit la main vers sa joue, mais il la repoussa brutalement.
«Mais ferme ta gueule ! C’est quoi cet interrogatoire ? T’es pas ma mère, que je sache. »
Son élocution était douteuse, rendue hésitante par l’alcool, mais ça ne changeait rien à la férocité de ses paroles et à l’agressivité latente qui les accompagnait.
Elle fit un pas en arrière, choquée.
«Je m’inquiète pour toi, c’est tout… »
Il ne parvenait même pas à la regarder en face, tandis qu’il chancelait sur lui-même.
Il poussa un rot sonore et écœurant qui leur fit tourner la tête de dégoût.
«Je vais me coucher», annonça-t-il à la cantonade avant de tourner le dos et de partir en direction des escaliers.
Amélie resta un moment silencieuse à regarder la porte par laquelle il était ressorti, stupéfaite de cet éclat. Ses amis s’empressèrent de l’entourer, la forçant à se rasseoir. Lena lui caressait les cheveux en chuchotant, et elle se rendit compte qu’elle tremblait comme une feuille.
Elle passa une main dans ses cheveux pour les repousser de son visage, prenant une grande inspiration.
Vincent la devança cependant, incapable de se retenir plus longtemps.
«Je suis désolée, Amélie-chérie, mais il faut que je te le dise. Je sais que je connais Marc depuis plus longtemps, et qu’il est censé être mon ami, mais il est temps de le quitter. Je ne sais pas ce qui arrive dans sa vie pour avoir ainsi changer, mais il est l’archétype de tout ce qu’il peut y avoir de toxique chez un homme. Je n’en peux plus de te voir avec lui. Il est temps de partir. Tu mérites tellement mieux. »
Elle secoua la tête en signe de dénégation. Ils s’aimaient, ils étaient en couple depuis longtemps, c’était juste une mauvaise passe. Ils avaient simplement besoin de se retrouver.
Jules s’assit face à elle, lui prenant les mains.
«Non, ma puce. Vous avez passé ce cap il y a bien longtemps. Il ne te respecte pas. Il te ronge à petit feu, et si tu ne pars pas, il vous détruira tous les deux. »
Lena acquiesça à sa droite, passant une main réconfortante dans son dos.
«On sera là pour toi, ma belle. Mais c’est insupportable de voir la façon dont il te traite. Tu ne peux pas continuer ainsi. »
Amélie hocha la tête alors que la tempête faisait rage dans son crâne. Finalement, elle se leva avec lenteur, et sortit de la pièce, en direction de la chambre à l’étage.
Marc était allongé quand elle pénétra dans la pièce, un bras jeté sur son visage comme pour se protéger de la lumière qui filtrait à travers les volets entrouverts.
Sans faire de bruit, elle sortit sa valise du placard, l’ouvrant à même le sol, et pliant délicatement son linge pour le ranger à l’intérieur. Elle prenait son temps, la tâche répétitive étonnamment apaisante.
La voix qui s’éleva du lit la fit sursauter.
«Je peux savoir ce que tu fais ? »
Elle se tourna vers Marc, qui l’observait d’un oeil noir. Il semblait en pire état encore, si cela était possible.
Elle carra ses épaules, s’exhortant au calme.
«Je fais mes bagages. Il est clair que ces vacances ne fonctionnent pas pour moi. J’ai besoin de rentrer à la maison et de réfléchir. »
En une fraction de seconde, il était debout face à elle.
«Mais qu’est-ce que tu racontes enfin ? Tu me fais une scène, c’est ça ? C’est parce que je ne suis pas rentré de la nuit ? Tu cherches à me punir ? C’est vraiment pathétique !»
Elle ne s’attendait pas à un tel déversement de fiel, et recula sous l’assaut verbal. Cela ne servirait à rien d’escalader les choses. Ses amis avaient raison : cette relation était morte depuis longtemps. Elle s’était refusée à voir la vérité en face jusqu’à aujourd’hui. Il était temps.
Elle posa une main sur la joue de l’homme qu’elle avait aimé pendant cinq ans, caressant les plis de sa peau et le début d’une barbe de trois jours qui fleurissait sur son menton.
Elle sourit, d’un de ces sourires tristes et douloureux qui cherchent à remplacer des mots qui se refusent à venir.
Elle embrassa Marc une dernière fois, sans reconnaître son odeur. C’était comme goûter aux lèvres d’un étranger, et elle refoula un frisson de dégoût.
Elle ferma la valise et tourna les talons.
Les vacances commençaient enfin.
