AMOURS ADOLESCENTES EN CAMP DE VACANCES

J’ai une affection particulière pour ce thème, qui est le premier auquel j’ai pensé. C’est aussi mon texte préféré de la série jusqu’ici.

Le thème était :

AMOURS ADOLESCENTES EN CAMP DE VACANCES

Il fallait bien avouer qu’elle n’avait accepté qu’à contrecœur de partir en camp de vacances. Elle aurait préféré rester seule à la maison avec ses livres et son chat, mais ses parents avaient eu le dernier mot. 

Ils la trouvaient trop solitaire, trop renfermée, trop pâlichonne, trop molle, et espéraient qu’elle se ferait des amis, et reviendrait la peau dorée par le soleil, des souvenirs plein la tête de toutes les activités au programme. 

Elle avait consulté la brochure, qui lui avait donné des frissons : 

 – optimiste : un nom hypocrite pour une frêle embarcation confiée à la mer

 – camping dans les bois : avec un peu de chance, elle se ferait dévorer par un ours

 – randonnée à cheval : les immenses créatures l’impressionnaient et lui faisaient peur avec leur dentition monstrueuse qui semblait capable de lui arracher un bras

 – macramé : parce que rien ne criait plus ringard que ce mot. 

Seul le tir à l’arc trouvait grâce à ses yeux. Parvenir à planter une flèche dans le cœur d’une cible, voilà qui semblait délicieusement amusant. 

Le trajet en car s’était avéré plus pénible encore que dans ses pires cauchemars. Les moniteurs étaient tout juste majeurs, et peinaient à diriger la bande d’enfants et d’adolescents surexcités qui s’ébrouaient gaiement, chantant à tue-tête des rengaines ridicules, se jetant bonbons et friandises au visage.

Elle s’était installée à l’avant, le plus loin possible du chahut, autant pour être au calme que pour garder le contrôle sur le mal des transports qui menaçait de la submerger. Elle avait enfilé ses écouteurs, poussé le son de sa musique à fond, s’isolant dans sa bulle. 

Le bus traversait la moitié du pays, chargeant à chaque arrêt une nouvelle fournée de jeunes vacanciers en direction de la colonie. C’est ainsi qu’une main fraîche se posa sur son avant-bras, la tirant de sa torpeur. Elle coupa le son, ôtant l’un des écouteurs avant de se tourner vers le nouveau venu. Ou plutôt la nouvelle venue, réalisa-t-elle, dévisageant bouche bée la jeune fille qui se tenait devant elle avec un sourire poli et patient. 

Elle resta quelques secondes de trop figée en admiration devant l’autre, dont le sourire s’effaça à son grand regret, ses sourcils se fronçant. 

«Est-ce que tout va bien ? Tu n’as pas répondu à ma question. Est-ce que je peux m’asseoir à côté de toi ?»

La créature enchanteresse s’était adressée à elle, lui avait posé une question ! Elle hocha la tête lentement, les mots se refusant à elle, et retira le sac à dos qu’elle avait posé sur le siège voisin, optant pour le glisser à ses pieds. 

La nouvelle arrivante lui adressa un nouveau sourire en la remerciant, et prit place à son côté. 

Le car redémarra enfin, et pendant les cinq premières minutes, elle s’efforça de se concentrer sur la route, mais c’était comme si tout son corps était conscient de la jeune fille assise à côté d’elle, de la chaleur qu’elle irradiait, du minuscule point de contact entre leurs deux corps, là où leurs jambes se touchaient. Peut-être avait-elle de la fièvre et couvait-elle quelque chose, se demanda-t-elle, son cœur battant la chamade dans sa poitrine. Elle leva la main à son front, sentant une légère transpiration sous ses doigts, puis s’affaissa contre la vitre à la recherche d’un peu de fraîcheur. 

«Moi aussi, je suis malade en bus. C’est pour ça que je voulais m’asseoir à côté de toi. »

Sa voisine de siège la dévisageait avec douceur, et elle lui rendit pitoyablement son sourire. 

«Je m’appelle Auréline.»

Un prénom aux reflets d’or pour une si belle personne, c’était approprié, pensa-t-elle. 

Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots restaient coincés dans sa gorge. Elle déglutit péniblement à plusieurs reprises, s’agaçant contre elle-même de sa propre sottise. Pourquoi donc se mettait-elle dans un état pareil pour une inconnue ? 

Finalement, elle parvint à reprendre le dessus. 

«Enchantée, Auréline. Je m’appelle Rosie.»

Elle prit la main qu’on lui tendait, serrant délicatement les doigts frais entre les siens. 

À partir de cet instant, la conversation se débloqua et, pour le reste du trajet, elles discutèrent à bâtons rompus. 

Auréline avait elle aussi été envoyée de force en colonie, pour veiller sur son petit frère qui avait insisté pour y aller pour la première fois. Elle n’était pas enchantée par les activités prévues, à part le cheval. Elle vouait un amour inconditionnel à l’animal, et montait depuis sa plus tendre enfance au club hippique voisin. Elle promit à Rosie de l’aider à combattre sa peur. Le tir à l’arc la fascinait également, et elle invoqua des personnages comme les Amazones, Katniss ou encore Merida comme des sources d’inspiration. Elles partageaient un même goût pour la lecture et la musique, et là encore, leurs références se croisaient. 

L’arrivée à destination les prit par surprise, et elles éclatèrent de rire quand le chauffeur leur ordonna de descendre pour poursuivre leur conversation ailleurs. 

Auréline glissa une main sous le bras de Rosie et l’entraîna à sa suite vers l’extérieur, à la découverte de la colonie. Après une réunion de bienvenue et un déjeuner au réfectoire, on leur permit enfin de regagner les dortoirs pour s’installer. Elles hissèrent leurs bagages jusqu’à l’étage où, déjà, d’autres adolescentes couraient dans tous les sens pour s’approprier une chambre. Elles n’hésitèrent pas plus longtemps avant de s’élancer à leur tour dans la mêlée, parvenant à récupérer les deux derniers lits contigus dans un dortoir presque plein de filles qui semblaient avoir leur âge. Le silence s’installa alors que chacune prenait place, intimidée à l’idée de partager une chambre avec sept autres inconnues, désireuse de faire son nid sans pour autant empiéter sur l’espace vital de ses compagnes. 

Il ne fallut pas une semaine pour que les huit adolescentes forment un clan inséparable. Rosie se pouvait s’empêcher de s’émerveiller devant cette sororité dont elle n’aurait jamais imaginé pouvoir faire partie un jour. Peu lui importait le planning quotidien, tant qu’elle était avec les autres, elle s’amusait forcément. Et au cœur de tout cela, il y avait Auréline. Elle n’avait jamais rien ressenti d’aussi intense pour qui que ce soit auparavant. Elle voulait passer la moindre seconde de chaque journée avec elle, à la regarder, à l’écouter. L’odeur de sa peau l’entêtait, la douceur soyeuse de ses cheveux qu’elle devait s’empêcher de caresser, tout ce qui faisait la jeune femme semblait à ses yeux si pur et si précieux. 

La nuit du camping en forêt, elles s’étaient retrouvées à partager toutes deux une tente et, protégée par le secret de la nuit, elle s’était ouverte de ses émotions à son amie, qui lui avait adressé un sourire tellement lumineux qu’elle le devinait dans la pénombre. 

Auréline avait ensuite répondu par un simple : «C’est normal, je suis ton âme-sœur et tu es la mienne.»

Elles s’étaient endormies dans les bras l’une de l’autre peu après. 


Il ne resta bientôt qu’une semaine avant la fin de la colonie, et des nuages sombres s’amassaient dans l’esprit de Rosie. Qu’allait-il advenir de leur amitié une fois qu’elles seraient rentrées chez elles ? Pourraient-elles s’écrire ? S’appeler ? Il lui semblait qu’on s’apprêtait à l’amputer d’un membre, et elle redoutait ce moment dont elle savait qu’elle ne pourrait s’en épargner la douleur. 

Puis était venue la grande boum du dernier soir, et elle avait explosé. Elle s’était effondrée en larmes sur la piste de danse, avant de s’enfuir pour se cacher à l’arrière du bâtiment. Il n’avait pas fallu longtemps à Auréline pour la retrouver cependant, et quand la jeune fille s’était penchée vers elle pour faire se frôler leurs lèvres, la vérité s’était révélée dans son esprit. Elle était amoureuse de son amie. 

Elle éclata d’un rire encore mouillé de larmes, tentant d’expliquer à l’adolescente confuse qui se tenait devant elle le magma d’émotions qui l’envahissaient à la suite de cette épiphanie. 

Ce à quoi la jeune femme répondit simplement : 

«Je pensais sincèrement que tu avais déjà compris. Depuis le premier jour dans le bus, à vrai dire. Tu es mon âme-sœur. Mon amoureuse. »

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